lundi 4 mars 2019

Le four à pain


"Jeudi, moi, four à pain, me réveille d’un long sommeil. Des petites flammes caressent mon ventre et me font exhaler une fumée parfumée. Vendredi, même chose, mais la chaleur est un peu plus forte. Samedi ; mais c’est quoi tout ce monde ? Moi j’étais habitué à voir des élèves un mercredi tous les mois. Depuis 2 ans il n’y a plus personne et je m’ennuie un peu, mais là c’est quoi ?"
Les pâtissiers improvisés arrivent en effet  à 4 avec des tas d’ingrédients : pommes à couteau du verger, farine et beurre bio, rouleaux à pâtisserie, appareil pour couper les pommes en quartiers ….
Et ça y va : épluchage, coupage, étalage, rangeage puis cuisage au four (excusez-moi, je suis un vieux four du XVIIème et parle pas très bien la langue de votre époque).

"Lorsque mes parois deviennent blanches, je suis chaud à point, vidage des braises, lavage avec un linge humide et c’est parti : j’avale une, deux, trois, …. 12 tartes !
Lorsqu’elles sont cuites j’expire de la bonne odeur de tartes cuites dans la pièce, ce qui alerte immédiatement les pâtissiers bénévoles de l’ADM. Ils ouvrent ma grande gueule (hé oui, un four à une gueule et c’est correct !) et me font recracher les tartes !
A mon grand étonnement il y a de plus en plus de personnes qui se pressent dans la pièce et qui échangent librement ces tartes contre des images avec des chiffres et des dessins dessus … tien ! Bizarre, jamais encore vu ça ici !"

"Autour de moi, les pâtissiers sont de plus en plus excités et cherchent à me faire grossir dirait-on : du bois dans la gueule, puis des tartes dans la gueule (Oui, c’est correct pour un four ! Pourquoi, vous pensiez à quoi ?). Je cuis, je recrache, je remange du bois, avale, recrache …. Je fume tellement j’ai chaud !"

"Au bout de 4 fournées, l'activité semble s’apaiser, d’autant plus qu’il fait maintenant noir. J’ai recraché une quarantaine de tartes bien dorées, mais il y a encore des gens qui veulent échanger des tartes contre des papiers, certains tentent même avec des rondelles métalliques. Ils ont réalisé un score de 340 rondelles de métal servant d’unité d’échanges. Je ne sais pas ce que c’est, ça ne se cuit pas, alors …."







Les visiteurs ont tous bien aimé l’ambiance de l’intérieur de mon corps de bois et d’argile (vous, vous dites colombage, torchis), l’ardeur de mes flammes, le rouge de mes braises, …

                                                            
La prochaine fois les pâtissiers veulent me faire manger encore plus (gloups …. J’espère pas vomir !). Ils ont prévu d’apporter les pâtes déjà toutes étalées, les pommes en quartiers, il n’y aura plus que l’assemblage des pièces détachées à réaliser ici. Quelle époque ce XXIème siècle, ils veulent toujours aller vite. Par contre quelle gentillesse, que des compliments, que de l’admiration, des sourires. Ils sortent des petites boites qui jettent des éclairs et paraît-il conservent ainsi mon image. Evidemment encore une fois, ça va plus vite que de sortir un papier et un fusain ou une toile et de la peinture.

                                                                                                                                Merval Dufour